n'est ni poète
ni traductrice
ni fille
ni femme
ni française
ni roumaine
est
quelque part entre
deux eaux
deux êtres
n'a ni père
ni mère
a une soeur
qui souffle
dans son coeur
elle avance
avec elle
et quelques autres:
anamihaivladdianamaria
elle continuera
ainsi
jusqu'à ce que...
et peut-être oubliera...
et peut-être
se fera papillon
oui peut-être
peut être?????????????????????????????????????????????????????????????????????????
Undeva o piatra
sâmbătă, 21 aprilie 2012
vineri, 16 martie 2012
c'est à peu près tout
c'est à peu près tout
de ma vie je me rappelle la moitié
un quart à dormir un quart à rêver
j'avance sur un fil de fer je fume m'implique
le moins possible le moins possible
les yeux se reposant dans les yeux
la voix je ne l'entends pas
les mains se mélangent le moins possible
puis vient le matin
comme un habit dans lequel je ne rentre plus
Blues pour chevaux verts de Letitia Ilea (le corridor bleu)
cam atât
jumătate din viaţă îmi aduc aminte
un sfert dorm visez un sfert
merg pe sârmă fumez mă implic
cât de puţin cât de puţin
ochii se odihnesc în ochi
vocea-n auz
mâinile cât de rar se îngână
dimineaţa vine
ca o haină în care nu mai încap
Blues pentru cai verzi de Letitia Ilea (editura Cartea Româneasca)
miercuri, 29 februarie 2012
Une journée dans la vie de la famille D. / O zi din viața familiei D.
Une journée dans la vie de la famille D.
I.
Par la fenêtre ouverte, j'entends
papa chanter dans la salle de bain, j'entends
le merle siffler serenissimo
et je me rappelle les vers
de József Attila:
“tous les matins
j'arrose mes pensées d'eau froide
pour qu'elles restent fraîches et entières”.
J'attends l'instant où papa
renoncera aux mots,
et après la deuxième strophe
se mettra à siffler.
II.
Devant l'écran
maman se tord les mains.
Je lui demande qui ils ont encore tué
dans cet épisode.
Elle me dit que le paysage ressemble
au Danube à Orschowa au printemps.
Je m'imagine les acteurs
retirant leurs costumes
et commençant à se rouler dans les fleurs
jusqu'à ce qu'ils se couvrent de pollen.
III.
Je suis dans le jardin
sous les arbres en bourgeons
parmi les brins d'herbe tremblant
comme les pattes des faons,
mais je m'énerve,
je n'arrive pas à les suivre.
Quand j'étais petit
j'y arrivais sans effort.
Andrei Dósa -
Când va veni ceea ce este desăvârșit
(editura Tracus Arte)***
O zi din viața familiei D.
I.
Aud prin geamul deschis
cum tata cântă în baie, aud
cum mierla fluieră serenissimo,
și îmi aduc aminte versurile
lui József Attila:
”în fiecare dimineață îmi
stropesc gândurile cu apă rece
așa vor fi proaspete și întregi”.
Aștept momentul când tata
o să renunțe la cuvinte,
și de la a doua strofă încolo
va începe să fluiere.
II.
Mama își frânge mâinile
în fața ecranului.
O întreb pe cine au mai omorât
în episodul ăsta.
Îmi spune că peisajul seamănă
cu Dunărea la Orșova primăvara.
Îmi imaginez cum actorii
își scot costumele
și încep să se rostogolească printre flori
până se umplu de polen.
III.
Stau în grădină
sub copacii înmuguriți
printre firele de iarbă care tremură
ca picioarele puilor de căprioară,
dar mai mult mă enervez,
nu pot să țin pasul cu ei.
Când eram copil
puteam s-o fac fără efort.
Andrei Dósa -
Când va veni ceea ce este desăvârșit
(editura Tracus Arte)sâmbătă, 7 ianuarie 2012
Rien n'a changé
Que s'est-il passé depuis le 9 juillet 2010 ?
En ce début d'année, dans un pays dénommé Roumanie, je me demande comment je vais.
Je vais. Je vais, je viens dans Bucarest, à vélo ou à pied, j'erre dans ses immenses boulevards, me fondant au milieu de gens que je ne connais pas mais que je crois comprendre.
Je crois en ce pays quand autour de moi, tout dit le contraire. La Roumanie n'a pas changé. Elle est fuie par les Roumains, moquée, sermonnée, incomprise, imprévisible, comique et tragique.
L'économie est au plus bas, le système social inexistant, le médical est en syncope, l'éducatif n'en parlons pas.
Rien n'a changé, la Roumanie est restée un chien vagabond boiteux, que certains veulent éliminer quand d'autres lui tendent la main.
Je tends ma main. Rien n'est jamais sûr, je peux la perdre ou recevoir une caresse. J'ai récolté quelques morsures et écorchures, je suis parfois tombée mais je me suis relevée, aidée d'une autre main et sans doute protégée par une bonne étoile.
Roumaine, mon étoile...
A la question que l'on me pose si souvent : « pourquoi as-tu choisi de vivre en Roumanie? » Je ne sais toujours pas quoi répondre. Je n'ai toujours pas de motifs valables pour avoir quitter la belle France pour la Roumanie, pour avoir choisi la grisaille au lieu du bleu de la Bretagne.
Je ne peux que décevoir, je ne fuis pas un pays en guerre, je n'ai pas suivi un beau Roumain pour lui donner ma main, je ne suis pas non plus l'ambassadrice de l'oréal en Roumanie.
Non, je ne suis rien de tout ça.
Je ne suis qu'un animal de plus, errant dans les rues de Bucarest.
Condamnable car il a volontairement quitté le flamboyant pour le gris.
Mais lorsque le gris prédomine, la plus petite lumière prend des allures de feu d'artifice.
Chez moi, chaque soir, de ma fenêtre qui donne sur l'Icône, je vois des petites lumières multiformes s'allumer et me saluer.
En haut, les étoiles,
en face, les lumières,
en bas, des chiens errants.
Et aussi des enfants s'endormant les yeux larmoyants, sur un bout de carton, auprès d'une bouche d'aération.
Ces enfants, que je verrais demain, sur mon chemin, qui riront, s'exclameront, m'interpelleront. Nos regards se croiseront. Nos yeux se répondront, ma main cherchera, posera.
Ils seront encore là les jours d'après.
Je serai là aussi.
luni, 26 decembrie 2011
Le silence ne sera qu'un souvenir
“Si toutefois je peux me permettre un conseil, n'oubliez pas que les fins heureuses n'ont jamais été le fort des histoires tsiganes. N'allez pas chercher fleurs bleues et long jupons ourlés d'or, on vous rirait au nez, et laissez les roulottes dans leur cimetière, ça fait une paye que le joli folklore n'est plus d'actualité. De la vie de bohême avec laquelle votre inconscient continue peut-être de nous marier, vous savez bien qu'il ne reste presque rien, quelques vieilles ritournelles et les cheveux bouclés de Carmen, tout ça ne pèse pas bien lourd dans l'héritage laissé aux suivants. Ce qui fait le poids, c'est tout le reste, tout ce qu'on met sur le dos du Rom avant même qu'il ne sache se tenir droit. Le nourrisson n'a pas poussé son premier cri qu'on lui demande de se taire, il n'a que trois cheveux sur le crâne qu'il est déjà pouilleux, et à peine parvient-il à aligner trois mots qu'on l'accuse de mentir. Un jour ou l'autre il sera suspecté de vol, de violence et peut-être même de crime, vous trouvez que j'ai la main lourde ? Et bien disons qu'il est de toute façon asocial, et qu'à partir de ce constat, vous pouvez lui coller sur le front l'étiquette de votre choix. Rien de tout cela n'est dit au nouveau-né mais il le sait ; le petit Rom a ce bagage-là à la naissance, comme un livre à la tête de son lit qui lui raconte son histoire avant même qu'elle n'ait commencé.”
Le silence ne sera qu'un souvenir de Laurence Vilaine, éditions Gaïa.
Photos : © Fab William alexander
joi, 13 octombrie 2011
Champagne !!!
par Ana Maria Sandu
Reims se situe à une demi heure de Paris, en TGV. Je suis partie au Week end M'auteurs avec l'idée que j'allais arriver dans le lieu où l'on fait le champagne et que les organisateurs, Joël Simon et Isabelle Leseur, que j'avais déjà rencontrés à Bucarest sont des gens chaleureux et très enthousiasmés par tout ce qu'ils font dans leur association culturelle, Nova Villa.
En fait, au bout de trois jours passés à Reims (6-9 octombrie), je me suis rendue compte que je ne savais rien, et que j'étais loin d'imaginer qu'il existe au monde un lieu où les auteurs ont la chance immense de connaître leur public dans des milieux les plus informels possible: je veux parler des lectures “en famille”, dans les maisons des habitants de Reims et des environs, dont la seule obligation est d'inviter assez de public et de bien vouloir préparer une petite collation pour après la lecture.
Ou que l'on pouvait organiser des lectures pour les jeunes lecteurs dans les lycées ou dans les médiathèques de communes de quelques milliers d'habitants (qui n'ont aucun rapport avec ce que nous entendons nous par bibliothèques publiques, ce sont des espaces lumineux et amicaux où les auteurs sont régulièrement invités à des lectures publiques).
Nova Villa s'occupe tout d'abord de théâtre, et leurs projets se déroulent sur toute l'année. Je n'exagère pas du tout si je dis que je me suis moi-même sentie durant ces quelques jours une sorte de personnage ayant atterri dans un monde idéal, où l'auteur et ses écrits sont importants pour ceux qui l'entourent. Il n'y a rien de prétentieux dans ce que fait Joël Simon. Au contraire, les gens de Nova Villa ont tous une humanité qui les enveloppe comme de la poudre d'or. Et les écrivains invités et leurs spectateurs aussi, des enfants de 7-10 ans ou des adolescents, en dernière année de lycée, comme cela s'est passé avec moi à Laon, une petite ville à 50 km de Reims.
La formule est simple: on lit d'abord les textes, puis l'on discute. A côté de la culture de la lecture, ces jeunes sont entraînés dans une culture du dialogue. Ils sont encouragés à dire comment ils ont trouvé la pièce ou l'extrait de livre qu'ils ont écouté, ou encore à demander, comme cela est arrivé à l'un des invités de cette édition, « de quelle nationalité était le premier écrivain du monde ». Je me suis surprise à penser au cours de ces trois jours à quel point les mondes dans lesquels nous vivons pouvaient être différents. Et je me suis dit que si nous ne faisions pas nous aussi quelque chose dans ce sens, chez nous, le nombre de nos lecteurs n'augmenterait jamais. Au contraire, si l'on n'éduque pas le jeune public, celui qui existe, aussi fidèle et précieux soit-il, ce dernier n'a aucun moyen de croître.
J'ai assisté à des lectures merveilleuses, où les familles, enfants et grands-parents compris, retenaient leur respiration jusqu'à ce que le texte se termine. J'ai mangé les meilleurs gâteaux de ma vie, et le champagne était notre glamour quotidien.
Chacun des auteurs présents à M'auteurs était, à sa manière, un personnage.
Joël était partout, toujours sur scène, ne fatiguant jamais, il est une histoire à lui tout seul, il ressemble à un oncle sorti tout droit d'une histoire avec beaucoup de neige, un feu dans la cheminée et des jouets par milliers pour les enfants. Il parle corporellement de ses projets : avec sa moustache blanche, ses yeux brillants, ses mains. C'est un individu bonhomme, enthousiaste et drôle. Il croit en ses auteurs et en leurs textes, comme jamais je n'en ai vu. Tous ceux qui le connaissent sont d'accord qu'il mériterait un fan club.
Isabelle est la française typique, elle habite une maison de rêve, quelque part aux abords d'une forêt. Elle enseigne la biologie et est la présidente de l'association culturelle Nova Villa. Grande et souple, elle est en mouvement permanent. Pour la lecture organisée chez elle, à laquelle étaient présents ses amis et voisins, et ses trois enfants, elle avait préparé toutes sortes de douceurs.
Charlotte est adorable, toujours souriante, elle a été notre guide dès le début, lorsque nous sommes montées à bord de sa voiture blanche. Moi et Fanny Chartres, mon amie et ma traductrice (Din amintirile unui Chelbasan, mon premier livre est devenue grâce à elle, L’écorchure, publié aux éditions du Chemin de Fer), nous l'avons aimée dès le premier instant. Son air d'enfant et la passion avec laquelle elle parle des projets dont elle s'occupe sont contagieux.
Même si nous avions peu de temps et fonctionnions comme une armée de soldats qui doivent se répartir dans différentes directions pour honorer leur public, nous nous voyions tous aux repas du midi et du soir. Nous étions beaucoup d'auteurs, nous observant et changeant sans arrêt de place afin de mieux nous connaître. Je crois qu'en dehors de l'écrivain d'origine algérienne, Kaouther Adimi, auteur du premier roman, L’envers des autres, tous les auteurs avaient déjà participé à M'auteurs lors d'éditions précédentes.
Pascal Brullemans écrit des pièces de théâtre au Québec, il est une sorte de Woody Allen âgé d'environ 40 ans, d'une énergie débordante, le genre de personne qui réussit à détendre l'atmosphère par sa seule présence. Son écriture est aussi agréable qu'il l'est dans la vie réelle.
Luc écrit des pièces de théâtre et des romans, il anime aussi des ateliers d'écriture. Lorsqu'il est parti de Reims, il portait une vieille valise dont il ne se rappelait plus où il l'avait trouvée. Il a fait une résidence à Cormontreuil, une commune près de Reims. Il a commencé à se documenter pour un roman qui a pour personnages des héros de la première guerre mondiale. Nous l'avons écouté un soir, bouches bées, nous dévoiler les fils d'histoires faites d'assassins, de dames mondaines et de procès.
Son départ inattendu, vers la gare, pour prendre un train de nuit, tenant dans la main cette valise en peau marron, semblait la meilleure sortie de scène pour un auteur qui écrit sur des choses ayant eu lieu il y a plus d'un demi siècle et son bagage vieilli semblait l' accessoire principal de son propre théâtre.
Nicolas Saelens est metteur en scène, il a un air de grand enfant et une compagnie au nom poétique, Theâtre Inutile. Il a lu avec Kossi Efoui une pièce tout aussi poétique. Kossi Efoui, restera pour moi, l'enfant sans âge. Lorsque l'on apprend que ce grand garçon filiforme et excentrique, a en fait 50 ans, on pense à une bonne plaisanterie. Leurs seuls voix ont su remplir la salle de tout un tas d'images: sans doute que lorsqu'il passe sur scène, le théâtre ne devient non seulement utile, mais aussi miraculeux.
Karin Serres est arrivé un peu plus tard. Tonique et d'une grande intelligence, elle écrit et lit ses pièces avec une passion incroyable.
Je les regardais tous et les écoutais. Ils me demandaient de leur parler du théâtre pour enfants en Roumanie, de la littérature jeunesse. C'est normal, c'est leur domaine. Seulement, moi, je ne savais pas trop quoi leur répondre. Je leur ai dit, avec une certaine tristesse, que c'était la première fois que je faisais une lecture devant un public aussi jeune (17-18 ans). Cela les a fait rire, il leur semblait que nous parlions déjà d'adultes.
Il y a aussi une autre Isabelle, elle est professeur, elle a le même âge que moi, elle enseigne le français et le théâtre. Elle aime ce qu'elle fait et pense qu'il est merveilleux pour elle et pour les élèves de rencontrer des auteurs, de leur parler. Elle est jolie, calme et polie. Ses élèves l'aiment, c'est évident, cela se sent dans la manière dont ils posent leurs questions. Même s'ils avaient terminé leur journée de cours, dans la salle de répétition, où notre rencontre s'est tenue, aucun d'entre eux n'a regardé sa montre et ne semblait impatient de rentrer à la maison. Cela m'a impressionné.
Corinne Méric est comédienne et metteur en scène, elle vit à Lyon, et a lu de manière très convaincante, la pièce de Pascal, Monstres. Une pièce qui parle d'une adolescente qui attend le résultat de son test de grossesse. Une minute qui devient une éternité et qui devient une sorte de scénario de science-fiction. Sa voix est crédible, et le texte est une combinaison de tragique et comique qui a fait sensation dans le public du salon de la famille qui accueillait la lecture.
Je suis entrée dans de nombreuses maisons, je me suis assise aux côtés de nombreux spectateurs, j'ai senti leurs réactions, mes émotions ont été si fortes que j'ai l'impression que l'événement de Reims a duré un mois.
Et si dans la pièce de Karin, lue en soirée de clôture, les personnages ont toujours une bouteille de champagne à portée de main, car tout événement, aussi petit soit-il, mérite d'être fêté, je terminerai en disant comme eux : Champagne pour tous ceux que j'ai connus à Reims et, surtout pour leur projet intelligent, professionnel et de longue haleine.
PS: au mois de décembre, Mihaela Michailov sera invitée à Reims, dans le cadre d'une série de lectures et de rencontres publiques.
Article paru sur Artactmagazine.ro
Traduction du roumain: Fanny Chartres
luni, 10 octombrie 2011
Viva nova
d'une voix écorchée elle a lu l'écorchure
d'une voix foulée elle a articulé les mots imprimés qu'elle avait longtemps regardés
d'une oreille indemne elle a écouté les voix d'autres hommes, d'autres femmes,
rideau tombé ou rideau levé
de son oeil droit voilé elle a croisé des regards
de son oeil gauche dévoilé elle a saisi leur envers
la voix écorchée est repartie
rouge vif et assainie.
elle avait compris, l'envers des autres, les monstres, la vie
et appliquerait la leçon de Kossi : oublie !
oublier l'abominable et les mots dits trop vite qui écorchent et rayent le disque de la vie.
ne retenir que l'éclat des voix et des yeux
Merci Reims, merci Nova Villa, merci Joël, merci Charlotte, merci Valérie, merci Vanessa, merci Ana.
photo : Gérard Rondeau
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